Quelques extraits de biographies
Parce qu'ici, les mots représenteront toujours mieux ce que je peux vous offrir, vous trouverez des extraits de mes derniers travaux biographiques. Merci à tous ceux qui ont accepté de dévoiler une partie de leur intimité en rendant publique quelques fragments de leur vie.

Je me raccrochais à ce que je pouvais, tout ce qui m’apportait un peu de chaleur et de réconfort. Aux odeurs notamment. Au parfum d’Éric... J’avais terriblement besoin d’Éric…Pour me perdre dans les effluves de son Cartier, ma fille nous avait acheté deux écharpes bleues identiques. La première avait été glissée dans mon sac et la seconde était portée par mon mari. Il était convenu que nous échangions ces écharpes lors de ses visites. Un geste terriblement anodin mais particulièrement salutaire pour moi. Deux écharpes échangées pour un peu de réconfort. Pourquoi fallait-il qu’on nous l’interdise ? Quel plaisir prenaient-ils, ces agents, à me priver d’un bout de tissu qui me reliait à ma vie ?

Quatre enfants, moult amants et un veuvage plus tard, c’est de l’éclat de tes cinquante ans dont je voudrais me faire le hérault. Parce que ce fut pour moi la plus belle époque de notre vie commune. Comme j’aimais ces soirées que nous passions toutes les deux. Je te regardais fumer avec grâce et j’admirais déjà tes ongles peints d’un rose poudré, tes doigts bagués, ta fausse légèreté. J’ai retrouvé il y a peu, la couleur exacte de ce vernis dont tu ne te séparais jamais. A peine arrivées chez toi, tu allumais la radio, une bougie et faisait le couler ton bain. Tu te glissais dans l’eau chaude et, à ton rire enfantin, je comprenais que tu venais de pisser dedans, puis tu m’expliquais, d’un ton bien trop solennel, que les hommes n’avaient de valeur que s’ils comprenaient la délicate équation de nos libertés individuelles… j’avais dix ans à peine et si j’ai mis quelques années à déchiffrer cette incantation, elle n’a depuis lors, jamais cessé de raisonner.

Je continuais plus que jamais à envoyer mes demandes aux compagnies pétrolières. Puis un jour, TOTAL me contacta… L’entretien avec la direction fut très éprouvant ; on nous expliqua que nous n’aurions plus de vie de famille, qu’il nous faudrait travailler sept jours sur sept et dire au revoir aux vacances ! Mais nous nous sentions prêts. Je souhaitais, plus que tout, obtenir mon indépendance, j’allais assumer mes responsabilités et mes nouveaux soucis. Jeanne était prête à m’accompagner...
Dans ce récit tout en pudeur, Vincent revient sur les moments forts de sa vie aux côtés de Jeanne, son éternel amour.
Les débuts à Tunis, l’arrivée en France, les enfants... et cette envie farouche d’entreprendre, de goûter l’indépendance avec courage et labeur. De Tunis aux Monts-d’Or, c’est toute l’œuvre d’une vie que Vincent livre ici.

Par où commencer ?
Il faudrait que j'ouvre avec un décor.
Je vous raconterais le soleil brulant, si aveuglant qu'il donnait l'impression de délaver les couleurs de mon été, alors qu'au contraire, tout y était vif et criant ! Je vous ferais sentir l'odeur de l'oranger iodé, cet arbre majestueux, planté au plus près de l'océan, pilier ancestral d'une maison de famille construite face à l'atlantique ! Je vous ferais entendre le va-et-vient des vagues, cette douce litanie qui m'emportait, jadis, dans de sensuelles rêveries, ferais vous asseoir sur cette vieille pierre lisse, lustrée par le vent et patinée par le soleil ...
Et puis mon humeur... Douce, rieuse et incroyablement sereine. J'étais là où je voulais être, au moment où j'en avais le plus envie et entourée de ceux qui me faisaient du bien. Comprenez, qui me faisaient rire, chanter, danser et, comble du luxe, avec qui j'osais parler.
Nous étions tous réunis autour de la table. J'entends encore les glaçons cogner le verre et se fissurer au contact du rosé. Mes mains, plongées dans le panier d'abricots et la certitude d'être là où je devais être.
J'ai vu rentrer cet inconnu. Il était suivi par trois, cinq, dix autres inconnus. J'ai entendu une première détonation puis une myriade de coups de feu. J'ai sorti les mains de mon panier. Je ne pouvais pas crier. Je crois que je ne pouvais plus bouger, mais j'ai pu bouger c'est certain puisque je me suis cachée derrière cette pierre, avait-elle toujours été si grosse? je ne me souvenais plus...